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Votre guide sur Bordeaux

Le titan Hypérion domine Bordeaux

Le titan Hypérion domine Bordeaux

Visite du chantier Hypérion à Bordeaux

Le 16 octobre, en fin d’après-midi, j’ai vécu une expérience hors du commun, la visite du chantier d’un des bâtiments phares de Bordeaux- Euratlantique, Hypérion, que la médiatrice de la maison du projet et un représentant du groupe Eiffage nous ont fait découvrir à l’occasion de l’édition 2020 des Journées nationales de l’architecture.

« Hypérion », pour les littéraires, est le titre d’un roman de Friedrich Hölderlin, le poète allemand, qui a fait un court séjour à Bordeaux en 1802 en qualité de précepteur et nous a laissé un beau poème, « Souvenir », qui salue « la belle Garonne ». Le nom évoque surtout, dans la mythologie grecque, le Titan fils d’Ouranos (le Ciel) et de Gaïa (la Terre), père du Soleil, de la Lune et de l’Aurore. J’ignorais que c’était également l’arbre le plus haut du monde, un séquoia du Redwood National Park, en Californie, de plus de 115 m, baptisé précisément ainsi pour sa taille titanesque.

Si ce nom a été choisi, c’est que l’Hypérion qui émerge à Belcier, au croisement des rues Carle Vernet et d’Armagnac, conçu par Jean-Paul Viguier et Associés, avec ses quelque 55 mètres et 16 étages, a pour ambition d’être le plus haut édifice résidentiel à ossature bois construit en France. Au premier abord, surprise : le bois ne se voit qu’en dessous des balcons. De fait, pour des raisons structurelles (dont l’humidité du sol) et en rapport avec la réglementation incendie ou les risques sismiques, le béton a été utilisé pour le socle abritant les premiers niveaux et la colonne vertébrale qui contient les ascenseurs et l’escalier. Mais le bois, qui est utilisé pour les planchers et les cloisons, répond à la volonté d’Eiffage, et plus largement de Bordeaux-Euratlantique, de favoriser les bâtiments à très basse empreinte carbone.

La valorisation de la filière bois

Hypérion est une première en France sous bien des aspects : il permet une forte réduction des émissions de gaz à effet de serre car le bois est un puits de carbone qui émet moins de CO2 que le béton ; la construction repose sur de gros éléments préfabriqués en usine et assemblés sur place, ce qui réduit la durée du gros œuvre, et diminue les nuisances sonores dues aux camions et la poussière pour les ouvriers comme pour les riverains. Les circuits courts ont été privilégiés : le bois est principalement du pin douglas de Haute-Corrèze, mais toute la filière bois de Nouvelle-Aquitaine est impliquée dans la production industrielle des différents composants.

Hypérion a aussi reçu le « BIM » d’or qui récompense chaque année les projets élaborés avec une maquette numérique (Building Information Model) qui permet à tous les intervenants de collaborer à une représentation virtuelle du bâtiment, de ses composantes, de ses flux, et de procéder tout au long de la conception à des diagnostics, des analyses et des simulations, y compris des aspects budgétaires.

Bordeaux à 360 degrés (ou presque)

J’avoue avoir ressenti un certain malaise à grimper au 16ème étage dans un ascenseur à l’état brut qui a débouché sur des espaces encore inachevés, mais une fois sur les grands balcons dont les porte-à-faux spectaculaires sont l’une des caractéristiques d’Hypérion, et passée la sensation de légère nausée initiale, quelle récompense ! Un panorama époustouflant qui permet de voir tous ces repères bordelais que j’ai commencé à évoquer dans mon blog, et notamment le Sacré-Cœur … monuments, ponts, tours, ensembles grands ou petits comme la Cité Carle-Vernet de Paul Volette et les modestes maisons en bande prévues à l’origine pour les employés du chemin de fer ou des usines locales, sans oublier bien sûr la Garonne.

C’est aussi un moyen de comprendre, en complément de la maquette de la maison du projet, le côté tout aussi titanesque de l’opération d’intérêt national (OIN) engagée sur les deux rives du fleuve, ses différents îlots, avec, tout proches, le nouveau pont de la Palombe qui franchit le faisceau ferroviaire, les grands terrains encore vides du quartier Armagnac - d’où émergent quelques vestiges un peu perdus dans les étendues de terre grise, citernes des ateliers SNCF ou tri postal -, l’emprise du futur jardin d’Ars, avec l’ancienne halle ferroviaire Gattebourse, et le chantier interrompu du pont Simone-Veil. Ce tour d’horizon a aussi été l’occasion pour moi de constater, très vite, en l’espace de quelques secondes, combien l’appréciation d’un lieu dépendait de l’histoire personnelle, d’une subjectivité immédiate, dont il faut se méfier, mais qui peut aussi être occasion d’un partage. Mais, patience, de tout cela il sera question dans une autre page de blog qui portera le titre de « Tabula rasa ».

Finissons sur une touche plus festive. Si vous voulez embrasser Bordeaux au soleil couchant, vous savez ce qu’il vous reste à faire : emménager dans un appartement au sommet d’Hypérion ou vous faire des amis parmi les futurs chanceux du 16ème étage pour participer à des apéros inoubliables … enfin … si vous n’avez pas peur des hauteurs !

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Pascale Duclos
Guide-conférencière